Paul-Louis Courier

Korrespondent, Pamphletist, Hellenistische
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prec M. Akerblad à Courier - 2 décembre 1808 [Sans mention][1] [Sans mention] de Livourne - 15 décembre 1808 Suiv

Livourne, le 15 décembre 1808

Monsieur,

J Antinoüs du Belvédère Antinoüs du Belvédère
 
e profite tant que je puis de votre expérience et de vos lumières pour moi-même, et dans l'occasion j'en fais part à mes amis, comme vous allez voir. M. de Sainte-Croix, savant dont le mérite peut vous être connu, me mande qu'il souffre de la vessie. Aussitôt je lui écris ce que je vous ai vu faire en cas pareil, et comment la diète de Pythagore vous a sauvé de ce vilain mal ; et puis (voyez si je compte sur votre complaisance), ne pouvant lui dire cela qu'en gros, je lui promets d'obtenir de vous une note plus circonstanciée de votre régime et de ses effets, et des causes qui vous obligèrent d'y recourir. C'est une bonne œuvre que vous ferez, Monsieur, de dicter pour moi et pour lui ces dix ou douze lignes. Notez dicter, non écrire ; il ne faut pas, pour soulager la vessie de M. de Sainte-Croix, rendre vos yeux plus malades. Mais au contraire, il faudrait qu'il m'envoyât, lui, quelque recette éprouvée contre le mal d'yeux, et qu'ainsi je pusse vous guérir et vous conserver l'un par l'autre.
J'ai bien une autre demande à vous faire que celle-là, une commission importante, difficile, dont je ne sais comment vous allez vous tirer. Voici ce que c'est. Je voudrais avoir une bonne copie de l'empereur, de Canova. Quand je dis copie, vous m'entendez ; c'est un abrégé qu'il me faut, proportionné à ma bourse, de la grandeur à peu près de cette figure de l'Antin2 qu'on dessine dans les écoles, de quoi orner un appartement. En voilà trop, et vous voyez mieux que moi ce que je veux. C'est pour un grand seigneur d'aujourd'hui ou d'hier, qui ne se connaît guère à cela ni à rien, mais qui reçoit chez lui toute la France. L'ouvrage serait en lieu d'être vu, et pourrait ainsi faire quelque honneur à l'artiste. Il faudrait donc qu'il fût bien fait et tôt, pour paraître à Paris avant l'original s'il se pouvait. C'est là le point. Monsieur Marin3, qui, je l'espère, ne m'aura point oublié, est après vous, Monsieur, le seul homme auquel je puisse me recommander pour le succès de cette affaire. Je vous prie de vouloir bien, en lui faisant mes compliments, l'intéresser un peu pour moi, et l'assurer que toutes mes langues seront employées à le louer d'un si grand bienfait.
J'étais tenté de faire encore cette guerre d'Espagne, et je l'ai demandé; mais on m'a refusé. Une si belle occasion de m'aller faire estropier sur les pas des Césars4 ne reviendra plus pour moi. Car si Dieu ne change mes résolutions, je mettrai bientôt mon armure au croc. Je sais à présent ce que c'est que la guerre et les guerriers ; je m'en vais, et dis comme Athalie : J'ai voulu voir, j'ai vu.5
Vos lettres, vraiment, me font un grand plaisir, et la dernière toujours plus que les autres ; mais je n'ose vous en demander à cause de votre vue. Il m'en faut cependant. Écrivez-moi donc, mais peu, seulement pour me prouver que vos yeux voient et que vos mains agissent. Adressez à Milan, où je serai dans un mois.


[1] Sautelet précise « A M. d'Agincourt, à Rome. »  Note1
[2] Il s’agit de l’Antinoüs du Belvédère, propriété du musée du Vatican, que Courier avait dû voir grâce à l’aide de Monseigneur Marini.  Note2
[3] Joseph Marin (1773-1834) fut prix de Rome de sculpture en 1801.  Note3
[4] Citation tirée de la Satire VIII de Boileau vers 94.  Note4
[5] Racine, Athalie, acte II, scène 7.  Note5

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