Paul-Louis Courier

épistolier, pamphlétaire, helléniste
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prec A sa femme de le 12 novembre 1816 A Mme Clavier1 A sa femme de Tours le mercredi 7 janvier 1818 Suiv

A Madame Clavier
rue du Grand Chantier, au Marais n°9
A Paris

Tours le samedi 22 novembre 1817.

Madame,

J Étienne Clavier ’apprends avec bien du chagrin la cruelle perte que vous venez de faire, et voudrais être auprès de vous avec ma femme pour vous offrir les consolations qui seraient en notre pouvoir, ou tâcher du moins de diminuer votre douleur en la partageant. Ma femme ne sait point encore cette triste nouvelle et je ne sais trop comment m’y prendre pour la lui apprendre. Elle ne se porte point bien. Cette fleur de santé qu’elle avait repris à Tonneins a disparu dans ce pays-ci dont l’air à ce qu’il paraît ne lui est pas si favorable. Quand elle sera instruite je ne puis vous dire quelle détermination nous prendrons. Elle voudra sans doute se rendre auprès de vous. Mais moi dont la santé n’est pas entièrement rétablie, je redoute le froid de Paris. Enfin le ciel nous inspirera. Vous nous reverrez peut-être peu après que vous aurez reçu cette lettre. En attendant je vous prie Madame de vous rappeler ce que je vous ai ouï dire souvent à vous-même quand nous parlions de ce pauvre M. de Ste-Croix. C’est qu’il ne faut point se plaire à son chagrin ni se nourrir d’une amertume qui affligerait si elles nous voyaient, les personnes mêmes que nous regrettons2.
Mon notaire qui m'a remis la lettre de M. Joachim prétend que je dois vous envoyer ce papier ci-joint3 . Je ne sais trop ce que c’est. Mais vous en ferez l’usage que votre prudence vous dictera.
Je suis avec respect , Madame,

Votre très humble et obéissant serviteur.


[1] Pour la compréhension de cette lettre envoyée par Courier à sa belle-mère, il faut savoir que le mari de celle-ci, professeur d’histoire au Collège royal de France, beau-père de Courier, venait de mourir le 18 novembre 1817 à presque 55 ans. Or, Courier lui-même a frôlé la mort en 1817 (ce qui explique que nous nous ne possédions pas de lettres de lui datant de cette année) et il dut prendre un repos complet et s’éloigner de Véretz et Paris et de ses chères études. Des crises d’hémoptysie l’ont terrassé. On peut penser que les périodes d’extrême tension facilitent ces crises car Courier en souffrit toute sa vie. Séquelles sans doute d’une maladie enfantine (scarlatine ?) dont son organisme ne s’affranchit jamais totalement. C’est d’ailleurs une crise particulièrement violente qui le contraignit à prendre un congé et à s’éloigner du service armé de novembre 1799 à novembre 1801, soit deux années complètes ! Ajoutons que l’hiver 1794-95 passé à Mayence ne dut pas arranger sa santé. Courier, qui avait dix ans de moins qu’Étienne Clavier, était très attaché à ce dernier. La mort de cet homme intègre qu’il apprit avant son épouse, sans doute par lettre de Mme Clavier en attente en poste restante, le toucha au plus haut point autant sans doute que ne le fut Herminie, fille aînée du mort ; ce qui dut rapprocher l’un de l’autre les époux Courier car le chagrin sépare ou fusionne. Le couple se trouvait depuis peu à Tours quand la triste nouvelle lui arriva. (Note J.-P. Lautman)  Note1
[2] La formule est de pure convenance car Courier fut très affecté par cette disparition, peut-être même inconsolable.  Note2
[3] On ignore de quel papier il s’agit.  Note3

trait

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